– Manque de moyens, soixante postes vacants, démissions en série et conditions de travail « déplorables » : une situation intenable qui a poussé une partie du personnel de l’hôpital Sainte-Marie à Privas en Ardèche, spécialisé dans le suivi psychiatrique, à se mettre en grève le 25 février dernier à l’appel de la CGT. Cet établissement, ayant délégation de service public pour le territoire de l’Ardèche et le sud Drôme (Montélimar, Pierrelatte) emploie 1200 personnes, dont près d’un millier en équivalent temps plein. Après une manifestation en janvier, une partie du personnel a décidé de se mobiliser de nouveau face à un « manque d’actions concrètes » de la part de la direction. Alors qu’en juin 2024, un cabinet indépendant rendait un rapport « alarmant » concernant les conditions de travail des salarié·es, la CGT dénonce une « situation de détresse » et un « management toxique ». Une situation que seuls des recrutements pourrait améliorer.
– Depuis des mois, les « Padhues » (praticiens diplômés hors UE) luttent pour la reconnaissance de leur qualité de médecin. Alors que ceux-ci, pour être reconnus, doivent passer des EVC (épreuves de vérification de connaissances), la publication des résultats 2024 a eu l’effet d’un électrochoc : sur 4000 postes ouverts, seuls 3800 ont été pourvus. Certains médecins qui auront réussi les concours ne se verront pas attribuer de façon pérenne un poste, alors que ceux-ci tiennent les hôpitaux « à bout de bras ». Ces médecins expérimentés, pour beaucoup originaires d’Algérie, de Tunisie, ou de Syrie selon l’Ordre des médecins, sont traités comme des internes et touchent entre 1400 et 2200 euros par mois, malgré des charges de travail « immenses ». Face à toutes ces difficultés de régularisation, de nombreux médecins ont rendez-vous cette semaine avec le ministère de la Santé. Si les résultats de cette réunion ne sont pas satisfaisants, les Padhues mobilisés pourraient entamer une grève de la faim dès mardi, tout en continuant à exercer leur métier « pour ne pas délaisser [leurs] patients ».
– Les travailleurs de l’usine de fabrication de canettes Ardagh Metal Packaging – Coca-Coca, Perrier, Heineken… – à La Ciotat (13) sont en grève depuis le 17 février. Les salarié·es, qui ont reconduit leur mouvement fin février, demandent une prime de 250 euros, un salaire net minimum de 2000 euros et 3000 euros de prime « de partage de la valeur » (la prime « Macron »). Ces demandes sont jugées largement « réalisables » par la CGT, qui a appelé à la grève : selon le syndicat, les bénéfices du groupe sont en hausse de 80 % sur l’année 2024. Les données du groupe irlandais, elles, citées par nos confrères de La Provence, indique un chiffre d’affaires en hausse de « 10 millions de dollars » en Europe en 2024 pour atteindre « 572 millions de dollars », contre 562 millions en 2023.Les dernières négociations annuelles obligatoires, elles, n’ont rien donné : « 3,8 % d’augmentation » selon la CGT. Si la situation est pour l’instant au point mort, une « table ronde » devrait se tenir dans la semaine à la DDETS, selon L’Usine Nouvelle.
– Marseille, Nantes, Lorient, Rouen… Le 21 février dernier, les ports de plusieurs villes françaises ont été bloqués par les dockers en lutte « contre la réforme des retraites de 2023 », à l’appel de la CGT. Pendant 24 heures, de nombreux dockers dans toute la France se sont mis en grève afin d’exiger leur « exclusion » de cette réforme en raison de la pénibilité de leur travail. Si Emmanuel Macron leur avait promis, cela n’a finalement pas été pris en compte dans le projet final, adopté via 49-3, alors que l’espérance de vie des travailleurs portuaires est inférieure de 7 à 8 ans par rapport à la moyenne nationale. D’autres journées de grève étaient également prévues les 27 et 28 février dernier. Alors que le « conclave » entre syndicats et organisations patronales concernant les conditions d’application de la réforme des retraites tourne au vinaigre (comme c’était attendu), la CGT appelle à une journée de mobilisation le 20 mars prochain pour « gagner l’abrogation de la réforme des retraites ». La centrale syndicale appelle également à porter cette revendication lors de la journée internationale de luttes pour les droits des femmes prévue le 8 mars prochain. Elle espère une mobilisation d’ampleur.
– L’Office Français de la Biodiversité, chargé de la surveillance et du contrôle administratif des lois relatives à l’environnement, appelle à la grève le 25 mars prochain pour exiger à ce que le gouvernement apporte un « soutien ferme » à l’institution, attaquée ces derniers mois par différents syndicats agricoles, comme la Coordination Rurale. L’intersyndicale dénonce également des propos « scandaleux » de François Bayrou lors de son discours de politique générale le 14 janvier dernier (« Quand les inspecteurs de la biodiversité viennent inspecter les fossés ou les points d’eau avec une arme à la ceinture dans une ferme déjà mise à cran par la crise, c’est une humiliation, et c’est donc une faute »). L’intersyndicale demande également l’annulation des suppressions d’emplois prévues. Un rendez-vous est appelé pour le 25 mars devant Matignon.
– Le mot d’ordre prend de l’ampleur ces dernières années, et l’actualité sociale lui donne du grain à moudre : les appels à la « grève féministe » se multiplient au sein de plusieurs syndicats et au-delà. Considérant que « sans les femmes, tout s’arrête », les organisations mobilisées en faveur de la grève y défendent des modalités de lutte plus offensives que la simple manifestation, en allant jusqu’à dénoncer l’oppression particulière des femmes au sein du monde du travail, tout en insistant sur le rôle fondamental qu’elles jouent dans la production. Elles dénoncent également l’aspect sexiste de la réforme des retraites qui oblige les femmes (et a fortiori les femmes racisées) à travailler davantage pour espérer une retraite viable, tant elles sont davantage sujettes aux carrières hachées et courtes. Également, cet appel à la grève est l’occasion de mettre en avant l’importance de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Plusieurs rassemblements et manifestations sont prévues partout en France.
# Du nouveau sur le site
Mineures isolées à Lille : Se battre pour l’essentiel. (23/02/25)
À Lille, une quinzaine de jeunes filles exilées, en attente de reconnaissance de leur minorité, dorment dans les rues, laissées à l’abandon par les pouvoirs publics. Grâce aux associations comme Utopia 56, elles trouvent la force de lutter pour demander à ce que leurs droits soient respectés, à commencer par le droit à l’hébergement. Jeudi dernier, elles ont occupé le parvis de l’Opéra de Lille pendant de longues heures pour espérer être entendues par la préfecture et le département. Il aura fallu ça pour obtenir quelques nuits d’hébergement. Une « petite victoire » qui montre que la lutte paie.
Lutter contre le fascisme dans le bassin minier, là où « le racisme est une pandémie ». (27/02/25)
Alors que la montée de l’extrême-droite dans le bassin minier du Nord de la France est désormais un fait connu – avec des villes comme Hénin-Beaumont ou Bruay-la-Buissière (62) qui sont désormais des bastions du parti -, la résistance n’est pas toujours une évidence : entre désespoir de cause et esprit de peur qui peut régner dans ces villes. Mais loin de s’avouer vaincu·es, des militant·es tentent de recréer des espaces jusqu’ici perdus où l’après-RN est envisageable. Discussion avec Greg, du jeune collectif antifasciste du Bassin Minier. Nous avions déjà sorti un podcast d’une conférence organisée par ce dernier à Béthune en janvier dernier, aux côtés des chercheurs Félicien Faury et Pierre Wadlow.
# Dates à noter
Jeudi 6 mars, Mourad Guichard revient dans la matinale de l’Insurgée pour causer critiques médias ! Il était tellement bien chez nous qu’il a voulu revenir, on l’accueille chaleureusement.
Le 20 mars prochain, en plus de l’appel à la grève contre la réforme des retraites, ce sont plusieurs syndicats du monde du spectacle qui appelle à la grève. Journée prévue comme un point d’orgue d’une semaine de mobilisation du 17 au 23 mars prochain. Plus d’infos ici !
Près de 400 jeunes mineurs exilés occupent toujours la Gaïté Lyrique à Paris. Depuis mi-décembre, ces jeunes, soutenues par différentes associations, organisations politiques, et syndicats, demandent une prise en charge immédiate, mais se heurtent au silence des pouvoirs publics. La Gaïté Lyrique, elle, déplore l’occupation mais dit soutenir les revendications des jeunes, tout en appelant à l’aide la mairie de Paris pour trouver une solution. Face à l’absence de propositions concrètes, l’institution a décidé le 28 février dernier de mettre à exécution sa menace d’abandonner le bâtiment si aucune solution n’était trouvée. En attendant, ces 400 jeunes n’ont que la solidarité pour survivre. Une cagnotte a été ouverte pour leur permettre de subvenir à leurs besoins. En ce temps de mois béni de Ramadan, un appel à dons a été lancé pour leur fournir de quoi rompre le jeûne chaque soir. Toutes les infos sont à retrouver sur la page Instagram du collectif des jeunes du parc de Belleville.